AI Act : le report est devenu du droit, et le 2 août a bien eu lieu — ce qui s’applique désormais à votre entreprise
Le 20 juillet 2026, nous établissions ici, par vérification édition par édition du Journal officiel de l’Union européenne, que le Digital Omnibus n’était toujours pas publié et que le 2 août 2026 restait par conséquent la date applicable en droit pour les obligations relatives aux systèmes à haut risque de l’annexe III. Ce constat était exact au jour où il a été formulé. Il a cessé de l’être quatre jours plus tard.
Le règlement a été publié le 24 juillet et est entré en vigueur le 27. Les reports sont acquis. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, et c’est le point que la couverture du dossier a largement manqué : l’article 50 de l’AI Act, qui porte les obligations de transparence, n’a jamais été concerné par le report. Il est applicable depuis le 2 août 2026, il vise un périmètre bien plus large que le haut risque, et il est sanctionné jusqu’à 3 % du chiffre d’affaires mondial.
Ce qui a été publié, et ce que le texte dit exactement
Le texte est le règlement (UE) 2026/1744 du Parlement européen et du Conseil du 8 juillet 2026, modifiant les règlements (UE) 2024/1689, (UE) 2018/1139 et (UE) 2023/1230 en ce qui concerne la simplification de la mise en œuvre des règles harmonisées en matière d’intelligence artificielle. Il a été publié au Journal officiel sous la référence JO L, 2026/1744, du 24 juillet 2026, et est entré en vigueur le troisième jour suivant sa publication, soit le 27 juillet 2026.
Son considérant 40 fixe la date d’application des sections 1, 2 et 3 du chapitre III de l’AI Act — celles qui portent les obligations lourdes applicables aux systèmes à haut risque — selon deux régimes distincts :
- 2 décembre 2027 pour les systèmes classés à haut risque au titre de l’article 6, paragraphe 2, et de l’annexe III. Ce sont les systèmes autonomes utilisés dans l'emploi et la gestion des travailleurs, l’évaluation de solvabilité, la souscription en assurance vie et santé, l’éducation, et l’accès aux services essentiels.
- 2 août 2028 pour les systèmes classés à haut risque au titre de l’article 6, paragraphe 1, et de l’annexe I, c’est-à-dire l’IA embarquée dans des produits déjà couverts par une réglementation sectorielle.
Le règlement modifie par ailleurs, au-delà du seul AI Act, les règlements sur la sécurité aérienne et sur les machines. Enfin, un point de calendrier qui n’a pas bougé et qu’il faut garder en tête : les obligations applicables aux modèles à usage général s’appliquent depuis le 2 août 2025 et n’ont jamais fait partie des échéances décalées. (Source : EUR-Lex)
L’article 50 s’applique depuis le 2 août, et il ne concerne pas que les systèmes à haut risque
C’est le déplacement d’attention que ce dossier impose. Le report porte sur le chapitre III, celui du haut risque. L’article 50 relève du chapitre IV et n’a pas été touché. Il est entré en application le 2 août 2026, comme prévu depuis 2024.
Ce qu’il exige tient en deux obligations distinctes.
Première obligation : dire que c’est une IA. Les systèmes d’IA destinés à interagir directement avec des personnes physiques — agents conversationnels, assistants vocaux, agents logiciels en contact client — doivent être conçus de manière à ce que la personne concernée soit informée qu’elle interagit avec un système d’IA, sauf lorsque cela est manifeste pour une personne raisonnablement avisée compte tenu des circonstances.
Seconde obligation : marquer ce qui est généré. Les fournisseurs de systèmes générant des contenus de synthèse — audio, image, vidéo ou texte — doivent veiller à ce que les sorties soient marquées dans un format lisible par machine et détectables comme ayant été générées ou manipulées artificiellement.
Le régime de sanctions est celui des manquements à l’article 50 : jusqu’à 15 millions d’euros ou 3 % du chiffre d’affaires annuel mondial total de l’exercice précédent, le montant le plus élevé étant retenu. L’application relève des autorités nationales compétentes de surveillance du marché.
Une seule tolérance subsiste, et elle est étroite. Elle porte uniquement sur l’obligation de marquage et de détection, et uniquement pour les systèmes génératifs déjà mis sur le marché avant le 2 août 2026 : leurs fournisseurs disposent d’une période transitoire jusqu’au 2 décembre 2026. C’est un délai de quatre mois, pas une exemption, et il ne couvre pas l’obligation d’information sur la nature du système. (Source : Commission européenne)
Les modes d'emploi sont arrivés — treize jours avant l’échéance
Nous signalions le 20 juillet que les lignes directrices de la Commission sur l’article 50, dont le premier projet remontait au 8 mai et dont la consultation s’était close le 3 juin, n’étaient toujours pas publiées à deux semaines de l’entrée en application. Elles l’ont été le 20 juillet 2026, dans leur version définitive, accompagnées d’une communication de la Commission en approuvant le contenu, puis mises à jour le 31 juillet. Elles sont assorties d’un code de bonnes pratiques sur la transparence des contenus générés par IA, de foires aux questions et de fiches pratiques. (Source : Commission européenne)
Le corpus existe donc, et il est substantiel. Mais il faut mesurer ce que signifie sa date : treize jours avant l’entrée en application, pour des obligations dont l’exécution technique touche à la chaîne de production des contenus — insertion de métadonnées, filigranes, marquage cryptographique, journalisation. Une entreprise qui aurait attendu les lignes directrices pour engager ses travaux n’avait pas le temps de les terminer. C’est une donnée à intégrer aux échanges avec les autorités de contrôle, et un argument à conserver au dossier.
Ce que cela change pour les entreprises
Reprogrammez la conformité haut risque, sans réserve. L’arbitrage que nous recommandions le 20 juillet — traiter le report comme une hypothèse favorable et non comme un acquis de planification — n’a plus lieu d’être. Le report est du droit positif. Une feuille de route annexe III peut viser le 2 décembre 2027, et une feuille de route annexe I le 2 août 2028, sans risque juridique. Les ressources libérées ont une affectation évidente : l’article 50.
Recensez, avant tout, les systèmes concernés par l’article 50. Le périmètre est plus large que celui du haut risque et il attrape des systèmes que personne n’avait inscrits au registre de conformité. Trois catégories à passer en revue sans délai : tout point de contact automatisé avec une personne — agent conversationnel sur un site, assistant vocal, robot de rappel, réponse automatique en messagerie ; toute production de contenu de synthèse diffusée — visuels marketing, voix de synthèse, textes générés publiés, avatars ; et toute fonction générative intégrée dans un produit que vous mettez sur le marché, y compris lorsqu’elle repose sur un modèle tiers.
Distinguez les deux obligations, elles n’ont pas le même calendrier. L’information sur la nature du système est due depuis le 2 août, sans transition. Le marquage lisible par machine bénéficie d’un report au 2 décembre 2026, mais uniquement pour les systèmes déjà sur le marché avant le 2 août. Un système lancé après cette date doit être conforme sur les deux volets immédiatement.
Posez la question à vos fournisseurs, par écrit. Si vous générez des contenus au moyen d’un modèle tiers, l’obligation de marquage pèse sur le fournisseur du système génératif, mais la vôtre en dépend directement. La question à poser est précise : vos sorties portent-elles un marquage lisible par machine, sous quel standard, et depuis quelle date. Une réponse vague est une réponse négative, et elle doit figurer au dossier.
Ne confondez pas transparence et conformité complète. L’article 50 est un socle de loyauté, pas un régime de gestion des risques. Une organisation qui a mis ses agents conversationnels en conformité n’a rien réglé de sa qualification annexe III le moment venu. Les deux chantiers se succèdent, ils ne se remplacent pas.
Ce que cela met à jour dans la Méthode Virtuose
Le chapitre consacré à la gouvernance, à la conformité et à l’AI Act doit acter trois choses. D’abord, la substitution du calendrier : les échéances de l’annexe III et de l’annexe I sont désormais celles du règlement (UE) 2026/1744, et toute planification bâtie sur le 2 août 2026 est caduque. Ensuite, la promotion de l’article 50 au rang d’obligation courante : il ne s’agit plus d’une échéance à préparer mais d’une exigence en vigueur, dont le contrôle relève des autorités nationales et dont la portée est transverse à tous les métiers qui produisent ou diffusent du contenu. Enfin, l’introduction d’un point de méthode : le décalage entre l’adoption d’un texte et sa publication au Journal officiel n’est pas une formalité mais une période d’incertitude juridique réelle, et la seule manière fiable de la traverser est la vérification directe du texte publié — pas la lecture des commentaires qui l’annoncent.
Le chapitre consacré à l’observabilité et à la valeur business est concerné par le volet technique : le marquage lisible par machine et la détectabilité des contenus générés ne sont pas des mentions légales mais des propriétés à produire dans la chaîne de génération, à journaliser et à vérifier. C’est un chantier d’ingénierie, à instruire comme tel, et son échéance pour l’existant est le 2 décembre 2026.


